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Hôtel de Matignon

le lieu de pouvoir qu’on ne visite presque jamais

Un hôtel particulier de 1722, un vaste jardin invisible depuis la rue, et un nom devenu synonyme du gouvernement.

Le musée Rodin, hôtel particulier du XVIIIe siècle de la rue de Varenne, vu depuis son jardin.
Réponse rapide

L’hôtel de Matignon est la résidence et le lieu de travail du Premier ministre français, au 57 rue de Varenne, dans le 7e arrondissement de Paris. Cet hôtel particulier construit à partir de 1722 appartient à l’État depuis 1922 et accueille le chef du gouvernement depuis 1935. Il ne s’ouvre au public que lors de deux événements annuels, sur réservation.

  • Pas un hébergement : « hôtel » désigne ici un hôtel particulier, grande résidence urbaine privée.
  • Une adresse devenue une fonction : dans la presse, « Matignon » signifie le Premier ministre et ses services.
  • Un parc caché : plusieurs hectares derrière le corps de logis, invisibles depuis la rue de Varenne.
  • Deux fenêtres par an : Journées européennes du patrimoine en septembre, Rendez-vous aux jardins au printemps.

Une adresse devenue synonyme du gouvernement

Quand un journal écrit que « Matignon a tranché », personne ne pense à un bâtiment. Le mot désigne le Premier ministre et ses services, exactement comme l’Élysée désigne la présidence de la République. C’est l’un des rares cas où une adresse a fini par remplacer une fonction dans le langage courant.

L’adresse existe pourtant, très concrètement : 57, rue de Varenne, dans le 7e arrondissement de Paris, à quelques centaines de mètres du musée Rodin et des Invalides. « Hôtel » y garde son sens ancien : celui d’hôtel particulier, grande résidence urbaine privée, et non d’établissement où l’on dort. Le mot a conservé cette acception dans une bonne partie des noms de monuments parisiens.

De 1722 à 1935

comment une résidence privée devient le siège de l’exécutif

La construction commence en 1722 sur les plans de Jean Courtonne, pour le prince de Tingry. Le chantier n’ira pas à son terme sous ce propriétaire : l’hôtel est revendu avant achèvement à la famille de Matignon, dont il gardera le nom. Une alliance le fait ensuite passer aux princes de Monaco.

Talleyrand l’acquiert en 1807 et y installe sa vie de réception. Le bâtiment change encore de mains à plusieurs reprises au XIXe siècle, avant d’accueillir l’ambassade d’Autriche-Hongrie dans les dernières décennies du siècle. Les sources se contredisent sur plusieurs de ces dates de transmission : mieux vaut retenir la trajectoire que la chronologie au détail près.

L’État français achète l’hôtel en 1922 et le classe au titre des monuments historiques dès l’année suivante. Reste à lui trouver un usage : ce sera la présidence du Conseil, l’ancêtre du poste de Premier ministre. Pierre-Étienne Flandin est le premier chef de gouvernement à s’y installer, en 1935.

DateÉtape
1722Début de la construction, sur les plans de Jean Courtonne
Années 1720-1730Revente à la famille de Matignon, puis passage aux princes de Monaco
1807Talleyrand devient propriétaire
Fin du XIXe siècleAmbassade d’Autriche-Hongrie
1902Le parc est redessiné par Achille Duchêne
1922Achat par l’État français
1923Classement au titre des monuments historiques
1935Installation du chef du gouvernement, avec Pierre-Étienne Flandin

Derrière la façade

ce que contient l’enceinte

Vu de la rue de Varenne, l’ensemble se remarque à peine. Un mur, un portail, une façade sobre : la discrétion est ici un parti pris architectural du XVIIIe siècle, pas un effet de sécurité contemporain.

Le plan suit le schéma classique des hôtels particuliers parisiens, dit « entre cour et jardin ». On franchit d’abord une cour d’honneur, puis vient le corps de logis, et derrière lui s’ouvre un parc que rien, depuis la rue, ne laisse deviner. Cette organisation explique le contraste qui frappe ceux qui entrent : une adresse urbaine dense d’un côté, un grand espace ouvert de l’autre.

De l’intérieur, on sait finalement peu de chose, et cette rareté fait partie du sujet : un lieu de travail gouvernemental n’est pas documenté comme un musée. Le parcours ouvert lors des visites exceptionnelles suit une logique lisible — il va du protocole au travail réel. Grand escalier et salons de réception d’abord, c’est-à-dire la partie qui reçoit ; puis la salle du Conseil, où se tiennent les réunions ; enfin le bureau du Premier ministre, qui n’a rien d’un décor. Au fond du jardin subsiste un pavillon de musique du XVIIIe siècle, dépendance d’agrément devenue salle de réunion et de dîners officiels.

On l’oublie souvent : Matignon n’est pas seulement un bureau. C’est officiellement une résidence, avec des appartements privés, même si tous les Premiers ministres n’y ont pas dormi.

Un jardin privé de plusieurs hectares au milieu du 7e arrondissement

Le parc est ce qui rend l’adresse singulière. Il couvre de l’ordre de trois hectares selon la plupart des sources, près de deux selon d’autres, les périmètres retenus n’étant pas les mêmes. Quel que soit le décompte, il s’agit d’une surface exceptionnelle pour un jardin privé situé à l’intérieur de Paris.

Sa physionomie actuelle date de 1902, quand Achille Duchêne le redessine. Le paysagiste travaille alors dans une veine régulière, avec de grandes perspectives dégagées et des pelouses ouvertes. Le résultat tient plus du parc que du jardin d’agrément.

On le présente régulièrement comme le plus grand jardin privé de Paris. La formule mérite une nuance : le classement dépend de ce qu’on accepte d’y comparer, les jardins de l’Élysée et ceux du musée Rodin, voisin immédiat, jouant dans la même catégorie. Disons plutôt qu’il figure parmi les plus vastes. Quelques éléments anciens y subsistent, dont une glacière du XVIIIe siècle, vestige de l’époque où l’on conservait la glace d’hiver pour l’été.

L’arbre du Premier ministre

une collection qui date le jardin

La particularité la moins connue du lieu tient en une coutume. Chaque chef du gouvernement plante un arbre dans le parc au moment de son arrivée. Raymond Barre a lancé l’usage avec un érable à sucre, et tous ses successeurs s’y sont pliés, à une exception près : Jacques Chirac.

L’effet cumulé est singulier. Le parc se lit comme une chronologie politique plantée, où chaque sujet correspond à un passage, parfois long, souvent bref. Les arbres les plus anciens de la série ont pris de la hauteur ; les derniers arrivés se repèrent encore à leur tuteur. Aucun panneau ne raconte cette histoire de façon exhaustive, et les listes d’essences varient d’une publication à l’autre — c’est un jardin, pas un musée.

Y entrer

deux fenêtres par an, et ce qu’on voit le reste du temps

Matignon n’est pas un monument ouvert à la visite. C’est un lieu de travail gouvernemental, fermé au public la quasi-totalité de l’année. Deux dispositifs font exception, et ils ne donnent pas accès aux mêmes espaces.

En septembre

Les Journées européennes du patrimoine

La fenêtre principale, et la seule occasion sérieuse de voir l’intérieur : cour, grand escalier, salons de réception, salle du Conseil, bureau du Premier ministre, puis le jardin.

Au printemps

Les Rendez-vous aux jardins

Le parc seul, en général. Un autre type de visite : moins de dorures, plus de temps dehors, et la possibilité de voir de près la collection d’arbres des Premiers ministres.

Dans les deux cas, les conditions sont identiques et se préparent à l’avance.

  1. Vérifier les dates sur les canaux officiels

    Les dates, les modalités et les espaces ouverts changent d’une année sur l’autre, et parfois d’un mois sur l’autre selon l’actualité. Une information trouvée dans un article de l’an dernier est à revérifier avant toute organisation.

  2. Réserver en ligne dès l’ouverture

    L’accès est gratuit, mais la réservation est obligatoire et les places sont nominatives et limitées. Les créneaux partent rapidement.

  3. Prévoir une pièce d’identité au bon nom

    Un document d’identité correspondant au nom de la réservation peut être demandé à l’entrée. Une réservation faite au nom d’un tiers pose problème le jour venu.

  4. Anticiper le contrôle de sécurité

    Un contrôle est effectué à l’arrivée et les bagages volumineux sont à éviter. Prévoyez de la marge sur l’horaire du créneau réservé.

Le reste de l’année, il faut se contenter de la façade sur rue, ce qui n’est pas rien. La rue de Varenne et les rues voisines alignent de nombreux hôtels particuliers du XVIIIe siècle, dont plusieurs abritent aujourd’hui des ministères et des ambassades. Le musée Rodin, installé dans l’hôtel Biron à deux pas, permet quant à lui de voir toute l’année à quoi ressemble l’intérieur d’une de ces demeures, jardin compris.

Peut-on visiter l’hôtel de Matignon ?

Oui, mais très rarement. Deux dispositifs ouvrent le lieu au public : les Journées européennes du patrimoine en septembre, qui donnent accès aux salons, à la salle du Conseil, au bureau du Premier ministre et au jardin ; et les Rendez-vous aux jardins au printemps, généralement limités au parc. L’accès est gratuit mais la réservation en ligne est obligatoire, les places sont nominatives et limitées, et un contrôle de sécurité est effectué à l’entrée.

Pourquoi dit-on « Matignon » pour parler du Premier ministre ?

Par métonymie, comme « l’Élysée » pour la présidence de la République ou « Bercy » pour le ministère de l’Économie. Le chef du gouvernement travaille à l’hôtel de Matignon depuis 1935 ; le nom de l’adresse a fini par désigner la fonction et les services qui l’entourent.

Le Premier ministre habite-t-il vraiment à Matignon ?

L’hôtel est officiellement sa résidence autant que son lieu de travail : il comporte des appartements privés. Tous les Premiers ministres n’y ont pas dormi pour autant, certains ayant conservé leur logement personnel pendant leur mandat.

Quelle est la superficie du jardin de Matignon ?

De l’ordre de trois hectares selon la plupart des sources, près de deux selon d’autres, le périmètre considéré n’étant pas le même. Dans tous les cas, il figure parmi les plus vastes jardins privés de Paris. Sa physionomie actuelle date de 1902, année où le paysagiste Achille Duchêne l’a redessiné.

Qui a construit l’hôtel de Matignon ?

L’architecte Jean Courtonne, à partir de 1722, pour le prince de Tingry. L’hôtel a été revendu avant son achèvement à la famille de Matignon, qui lui a laissé son nom, puis est passé aux princes de Monaco par alliance avant d’appartenir à Talleyrand au début du XIXe siècle.

Est-ce un hôtel où l’on peut dormir ?

Non. Le mot renvoie ici à l’hôtel particulier, sens ancien conservé dans de nombreux noms de monuments parisiens. Aucune réservation touristique n’est possible : c’est le siège du gouvernement, protégé et fermé au public.

Peu de lieux parisiens se dérobent à ce point au regard : c’est aussi ce qui rend la file d’attente de septembre aussi longue que le créneau est court.