Drapeau tricolore français déployé au sommet du fronton du Panthéon, à Paris, sous un ciel bleu.
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Le drapeau français

origine des couleurs et histoire du bleu

Une cocarde en 1789, un décret en 1794, une ligne dans la Constitution en 1958 — et une teinte de bleu qui a changé deux fois depuis.

Réponse rapide

Le drapeau français se compose de trois bandes verticales égales : le bleu du côté du mât, donc à gauche pour qui le regarde, le blanc au centre, le rouge à l’extérieur. Cette disposition est fixée par un décret du 15 février 1794. Les trois couleurs, elles, circulent depuis juillet 1789 sous forme de cocarde.

  • Bleu, blanc, rouge : de gauche à droite, le bleu étant fixé côté mât.
  • Origine des couleurs : bleu et rouge sont ceux de Paris, le blanc est associé à la monarchie.
  • Aucune symbolique officielle n’est attachée à chacune des trois couleurs.
  • Article 2 de la Constitution : « L’emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge. » Rien de plus.
  • Deux bleus coexistent : la teinte claire de 1976 et le bleu marine réintroduit en 2020.

Trois bandes verticales

ce que le droit dit, et ce qu’il ne dit pas

Le texte de référence tient en une ligne. L’article 2 de la Constitution du 4 octobre 1958 dispose que « l’emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge ». C’est tout.

La Constitution nomme trois couleurs et un ordre. Elle ne fixe ni nuance précise, ni proportions, ni code colorimétrique, ni protocole d’usage. Le même article énumère les autres symboles de l’État — la Marseillaise comme hymne, « Liberté, Égalité, Fraternité » comme devise — avec la même économie de moyens. Tout ce que l’on croit savoir de précis sur le drapeau vient donc d’ailleurs : d’un décret bien antérieur, d’usages accumulés, et de décisions administratives qui n’ont pas toujours été rendues publiques.

Le droit intervient tout de même sur un point, et il est régulièrement mal compris. Une infraction d’outrage public au drapeau et à l’hymne national a été introduite dans le code pénal par la loi du 18 mars 2003. Son champ est cependant beaucoup plus étroit qu’on ne l’imagine : elle vise l’outrage commis lors d’une manifestation organisée ou réglementée par les autorités publiques, et non n’importe quel geste accompli en privé ou en toute autre circonstance. Pour la portée exacte du texte, les sources officielles font foi.

Juillet 1789

La cocarde

Les trois couleurs apparaissent à Paris sous forme d’un insigne circulaire porté au chapeau. Ce n’est pas encore un drapeau, et rien n’est réglementé.

15 février 1794

Le décret

Trois bandes verticales égales, le bleu côté mât. La forme que nous connaissons est fixée, et elle ne bougera plus.

4 octobre 1958

La Constitution

L’article 2 en fait l’emblème national, en une phrase qui nomme les couleurs sans rien préciser d’autre.

1789

une cocarde avant un drapeau

Les trois couleurs sont plus anciennes que le drapeau. Elles apparaissent lors des journées de juillet 1789, à Paris, sous la forme d’une cocarde — un ruban circulaire porté au chapeau, pas une étoffe hissée sur un mât.

L’explication communément admise est simple : le bleu et le rouge sont les couleurs de la ville de Paris, portées par les milices citoyennes qui deviendront la Garde nationale ; le blanc est la couleur associée à la monarchie. Réunir les trois, c’était afficher une association entre la capitale et le roi. Le récit précis de cet assemblage, et le rôle qu’y aurait joué La Fayette, relèvent de la tradition rapportée plus que du document d’archive : les versions divergent, et il est plus honnête de le dire que de trancher.

Un point mérite d’être souligné, parce qu’il est très souvent escamoté : aucun texte officiel n’a jamais attribué de signification particulière à chacune des trois couleurs. Les lectures symboliques que l’on rencontre — telle couleur pour telle vertu — sont des interprétations postérieures, pas des définitions.

1794

le drapeau prend sa forme définitive

Cinq ans séparent la cocarde du drapeau tel que nous le connaissons. Entre-temps, plusieurs pavillons coexistent, avec des dispositions et des ordres de couleurs variables, ce qui pose un problème très concret à la marine : un navire doit être identifiable de loin, sans ambiguïté.

C’est un décret du 15 février 1794 — le 27 pluviôse an II dans le calendrier alors en vigueur — qui met fin à l’hésitation. Il fixe trois bandes verticales égales, le bleu attaché à la hampe, c’est-à-dire au côté fixé au mât, le blanc au milieu, le rouge flottant à l’extérieur. Concrètement, pour un observateur qui fait face à un drapeau déployé, le bleu est à gauche et le rouge à droite. Cette disposition est celle qui a traversé les deux siècles suivants.

La Convention avait chargé le peintre Jacques-Louis David de fournir les dessins du nouveau pavillon. On lit souvent que David a « dessiné le drapeau français », formulation commode mais un peu rapide : la mission qui lui fut confiée est documentée, l’attribution du dessin définitif l’est beaucoup moins. La prudence est ici plus juste que l’affirmation.

Notons que le texte de 1794 est bien plus précis que celui de 1958. C’est le décret qui décrit la disposition des bandes, pas la Constitution — une confusion fréquente, y compris dans des sources sérieuses.

Pourquoi le bleu n’est pas toujours le même

Le bleu du drapeau français a changé deux fois en un demi-siècle. C’est ce qui explique qu’entre deux photographies prises à quelques années d’écart, la teinte ne soit pas la même.

1976

Un bleu éclairci

Sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, la teinte est éclaircie pour s’accorder avec le bleu du drapeau européen. C’est cette version que plusieurs générations ont eue sous les yeux.

2020

Le retour du bleu marine

Sous la présidence d’Emmanuel Macron, la teinte foncée est réintroduite et déployée sur les bâtiments officiels, à commencer par l’Élysée puis l’Assemblée nationale. Le changement n’a pas été annoncé au moment où il a été opéré.

Conséquence pratique, et elle explique la confusion : les deux nuances coexistent toujours. Les drapeaux ne sont pas remplacés simultanément partout, et les usages non institutionnels — impressions, produits dérivés, sites web — suivent des références variées. Il n’existe aucune nuance de référence qui s’imposerait à tous, pour la raison exposée plus haut : la Constitution n’en fixe aucune, et aucun texte n’est venu combler ce silence.

Où et quand on le voit

Le drapeau est déployé en permanence sur les bâtiments publics : préfectures, mairies, établissements scolaires, sièges d’institutions. Dans les écoles, il accompagne l’affichage de la devise républicaine ; dans les mairies, il voisine généralement avec le buste de Marianne et, sur les frontons, avec le drapeau européen.

Les cérémonies nationales constituent l’autre grand moment de visibilité. Le 14 juillet au premier chef, où il est omniprésent sur les édifices publics comme lors du défilé, mais aussi les commémorations du calendrier mémoriel, où il accompagne les dépôts de gerbes et les cérémonies devant les monuments aux morts.

Un usage particulier mérite d’être expliqué, parce qu’il se remarque et qu’il intrigue : la mise en berne. Le drapeau est alors hissé à mi-hauteur du mât. Lorsque la configuration ne permet pas de l’abaisser — un mât trop court, une hampe fixée en oblique sur une façade — il reçoit à la place un signe distinctif, généralement un crêpe noir. C’est une marque de deuil national, décidée au niveau de l’État lors de circonstances graves ou du décès de personnalités. Voir un drapeau en berne sur une façade officielle n’est jamais anodin.

Ces modalités relèvent de circulaires et d’usages plutôt que d’un texte unique, ce qui explique une part des variations observées d’un bâtiment à l’autre. Les sources officielles françaises restent la référence pour le détail.

Ce qu’on confond souvent

Trois confusions reviennent régulièrement.

La cocarde n’est pas le drapeau. C’est un insigne circulaire porté sur soi, antérieur de cinq ans au pavillon réglementé. Elle a connu une seconde vie dans l’aéronautique : les avions militaires français portent une cocarde tricolore peinte sur le fuselage et les ailes, disposée en cercles concentriques, qui sert d’insigne de nationalité et se distingue au premier coup d’œil des marquages étrangers.

Le drapeau n’est pas Marianne. L’un est une étoffe, l’autre une figure allégorique représentant la République, présente dans les mairies et sur certains documents officiels. Les deux sont des symboles nationaux, mais ils ne relèvent ni du même registre ni du même statut.

Enfin, le drapeau national ne se confond pas avec ceux qui l’accompagnent. Sur les frontons publics, il est fréquemment associé au drapeau européen, parfois à un drapeau régional ou communal. Seul le premier est l’emblème national au sens de la Constitution ; les autres relèvent d’usages institutionnels ou locaux.

Que signifient les couleurs du drapeau français ?

Aucun texte officiel n’attribue de sens à chacune des trois couleurs, et c’est précisément ce vide qui explique la prolifération des interprétations. On rencontre couramment des associations entre une couleur et une valeur républicaine, reprises jusque dans des supports scolaires : ce sont des constructions postérieures, utiles pédagogiquement mais dépourvues de fondement juridique. Historiquement, seul est établi le rapprochement entre le bleu et le rouge parisiens et le blanc de la monarchie.

Pourquoi a-t-il fallu attendre 1794 pour fixer le drapeau ?

Parce que jusque-là plusieurs pavillons circulaient, avec des ordres de couleurs et des dispositions variables selon les corps et les usages. Le besoin de trancher est venu du domaine maritime : un navire doit pouvoir être identifié de loin et sans hésitation possible, ce qui rend toute variation dangereuse. La fixation de 1794 répond d’abord à cette exigence pratique, avant d’être un geste symbolique.

Qu’a exactement demandé la Convention à Jacques-Louis David ?

De fournir les dessins du nouveau pavillon national — c’est la mission documentée. La suite est plus incertaine : rien ne permet d’affirmer avec certitude que le dessin retenu est de sa main, et les sources qui présentent David comme l’auteur du drapeau vont au-delà de ce que les archives établissent. La formulation exacte compte ici, et l’écart entre « chargé de fournir les dessins » et « a dessiné le drapeau » n’est pas cosmétique.

Pourquoi les deux nuances de bleu coexistent-elles encore ?

Parce qu’aucun texte n’impose de nuance et qu’aucun remplacement général n’a été organisé. Le retour au bleu marine s’est diffusé bâtiment par bâtiment, au fil des renouvellements, et les usages non institutionnels — impression, produits dérivés, supports numériques — n’ont jamais été alignés sur une référence unique. Les deux teintes sont donc l’une et l’autre parfaitement licites.

Que ne dit pas la Constitution à propos du drapeau ?

Presque tout, hors les trois couleurs et leur ordre. Ni les proportions du drapeau, ni la largeur des bandes, ni la nuance des couleurs, ni les règles de pavoisement, ni les circonstances de mise en berne n’y figurent. Ces éléments relèvent de textes antérieurs, de circulaires ou de simples usages, ce qui explique qu’ils varient et qu’ils soient parfois difficiles à documenter.

Comment met-on un drapeau en berne quand le mât ne s’y prête pas ?

La mise en berne consiste normalement à hisser le drapeau à mi-hauteur du mât. Lorsque la configuration l’interdit — hampe fixée en oblique sur une façade, mât trop court, drapeau sur potence — l’usage veut qu’on y substitue un signe distinctif, le plus souvent un crêpe noir attaché à la hampe. L’intention est la même : rendre le deuil visible depuis la rue.

Un emblème défini en une phrase, dont presque tous les détails relèvent de l’usage : c’est peut-être ce qui explique qu’on puisse se disputer sur une nuance de bleu sans que personne ait juridiquement tort.