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Mondelez

le groupe derrière des marques que vous croyez françaises

Un nom illisible au dos du paquet, des marques familières en façade. Ce que recouvre ce groupe, et par quel chemin une biscuiterie nantaise lui appartient.

Biscuits ronds fourrés à motifs gaufrés posés sur une table en bois, sans emballage ni marque.
Réponse rapide

Mondelez International est un groupe agroalimentaire américain spécialisé dans le snacking, qui ne vend rien sous son propre nom mais détient des marques : LU, Prince, Petit Écolier, Mikado, Belin, Granola, Milka, Côte d’Or, Toblerone, Oreo ou Hollywood. Le nom, inventé en 2012, associe « monde » et une déformation de « delicious ».

  • Un groupe américain : siège à Chicago, présent dans plus de cent cinquante pays.
  • Né d’une scission : Kraft Foods s’est coupée en deux le 1er octobre 2012.
  • LU depuis 2007 : Danone a cédé son pôle biscuits à Kraft Foods, avant le partage de 2012.
  • Production française maintenue : une douzaine de sites, en majorité des usines.

Le mot apparaît en petits caractères, au dos du paquet, sous le code-barres ou à côté de l’adresse du service consommateurs. En façade, la marque est familière depuis l’enfance. Au dos, un nom que personne n’a jamais prononcé à voix haute.

Le nom que vous avez lu au dos d’un paquet

Mondelez International est un groupe agroalimentaire américain, dont le siège se trouve à Chicago, spécialisé dans ce que le secteur appelle le snacking : biscuits, chocolat, confiserie, gâteaux. Il ne vend rien sous son propre nom. Il détient des marques, et ce sont elles qui parlent au consommateur.

Cette organisation explique la disproportion typographique. La marque est un actif commercial : elle occupe la façade du paquet, porte l’identité visuelle, la mémoire affective, la publicité. Le nom du groupe relève d’une autre logique, celle de l’information légale, la réglementation européenne imposant d’indiquer l’entreprise sous le nom de laquelle la denrée est commercialisée. C’est une mention de responsabilité, pas un argument de vente.

En France, les marques concernées sont plus nombreuses qu’on ne l’imagine. Un placard ordinaire en contient souvent trois ou quatre sans que le lien ait jamais été fait.

Rayon biscuits

LU et sa famille

LU et les marques qui gravitent autour : Petit Écolier, Prince, Pepito, Mikado, Napolitain. À quoi s’ajoutent Belin du côté salé, Granola, et les biscuits de petit-déjeuner belVita.

Rayon chocolat

Milka, Côte d’Or, Toblerone

Trois marques d’origines différentes — allemande, belge et suisse — réunies dans le même portefeuille, aux côtés de la marque britannique Cadbury, peu distribuée en France.

Ailleurs en magasin

Oreo, Philadelphia, Hollywood

Le biscuit fourré américain, le fromage à tartiner du même pays et les chewing-gums Hollywood, marque française passée par les mêmes mains, complètent la présence du groupe dans les rayons.

Un nom inventé de toutes pièces en 2012

Mondelez ne veut rien dire dans aucune langue. C’est un mot construit, et sa construction est documentée : « monde » vient du latin mundus, et « delez » est une déformation fantaisiste de delicious. L’idée est celle d’un monde délicieux. La proposition est venue de salariés du groupe, consultés lors du choix du nom, et elle a été retenue en 2012. La graphie officielle porte d’ailleurs un macron sur le e, signe diacritique inhabituel qui n’a jamais vraiment fixé l’usage : la prononciation hésite encore d’un pays à l’autre.

Le choix d’un mot sans histoire n’est pas un accident. Un nom neuf n’appartient à aucun pays, ne rappelle aucun fondateur, ne traîne aucune affaire ancienne. Il se dépose facilement dans presque tous les pays et ne heurte, en principe, aucune langue. Pour une entreprise qui vend dans plus de cent cinquante pays et dont les marques sont locales, c’est un choix cohérent — au prix, assumé, d’une opacité totale pour le consommateur.

Né d’une séparation

ce qui s’est passé le 1er octobre 2012

Le groupe n’a pas été créé de rien. Il est le produit d’une scission.

Jusqu’en 2012, l’ensemble s’appelait Kraft Foods et réunissait deux métiers difficiles à conduire ensemble : une activité d’épicerie centrée sur le marché nord-américain, aux marques anciennes et au marché domestique, et une activité internationale de snacking, déjà largement européenne et tournée vers l’exportation. La direction a tranché en séparant les deux.

Le 1er octobre 2012, l’opération devient effective. L’épicerie nord-américaine conserve le nom historique sous l’entité Kraft Foods Group. L’activité internationale de snacking, qui emporte l’essentiel des marques de biscuits et de chocolat, devient Mondelez International. Ce n’est donc pas un nouvel entrant sur le marché : c’est l’ancienne maison, renommée et recentrée, qui garde le portefeuille européen.

Comment LU, marque nantaise, s’est retrouvée dans un groupe américain

En 1846, Jean-Romain Lefèvre ouvre une biscuiterie à Nantes. Son mariage avec Pauline-Isabelle Utile donne à la maison le nom de Lefèvre-Utile, dont les initiales feront la marque. La société LU est constituée en 1887 par leur fils Louis. Suivent un siècle de croissance, des fusions successives entre biscuitiers et la formation d’un ensemble baptisé Générale Biscuit. La suite tient en quatre changements de propriétaire.

  1. 1987 — BSN rachète Générale Biscuit

    Le groupe français BSN, né du verre et devenu agroalimentaire, absorbe l’ensemble biscuitier qui réunit LU. La marque nantaise entre dans un grand groupe, français.

  2. 1994 — BSN devient Danone

    Le groupe prend le nom de sa marque de yaourts, la plus connue de son portefeuille. LU change d’enseigne de propriétaire sans changer de mains.

  3. 2007 — Danone cède ses biscuits à Kraft Foods

    Danone se recentre sur les produits laitiers, l’eau et la nutrition, et vend l’intégralité de son pôle biscuits à l’américain Kraft Foods. LU devient la propriété d’un groupe américain.

  4. 2012 — la scission attribue LU à Mondelez

    Le partage de Kraft Foods envoie les marques internationales de snacking, dont LU, dans la nouvelle entité Mondelez International. Quatrième propriétaire en vingt-cinq ans.

Aucune de ces étapes n’a modifié le paquet. Le nom, le logo, la recette, l’usine : rien de visible ne bouge. Seule la ligne en petits caractères, au dos, a changé plusieurs fois.

Ce que le groupe fabrique encore en France

La confusion habituelle consiste à croire qu’un changement de propriétaire vide les usines. Ce n’est pas ce qui s’est produit ici.

Le groupe communique sur une douzaine de sites français, dont les trois quarts environ sont des sites de production, et sur un effectif de l’ordre de deux mille sept cents personnes. Les autres implantations sont des fonctions support et commerciales. Le siège français, longtemps installé à Clamart, a été transféré à Boulogne-Billancourt.

Plusieurs usines sont identifiables par ce qui en sort. À Cestas, en Gironde, sortent les Mikado, les Granola, les Pepito et les Petit Écolier. À Besançon et à Jussy, dans l’Aisne, ce sont les gâteaux moelleux : biscuits Milka, LULU l’Ourson, mini-rouleaux. Un paquet peut donc porter une marque française d’origine, être fabriqué dans une usine française par des salariés français, et appartenir à un groupe américain. Les trois informations sont indépendantes les unes des autres.

Marque, fabricant, lieu de fabrication

lire une étiquette

Trois mentions distinctes cohabitent sur un emballage, et les confondre conduit à des conclusions fausses dans les deux sens.

La marque, en façade, ne dit rien de la propriété. Le nom ou la raison sociale figurant dans le bloc des mentions légales, en général près de l’adresse du service consommateurs, désigne l’entreprise responsable de la commercialisation dans l’Union européenne : c’est là qu’apparaît le nom du groupe, ou celui d’une filiale nationale. Quand cette filiale porte un nom neutre qui ne dit rien, les registres publics d’entreprises permettent de remonter à sa maison mère en quelques minutes, à partir de la raison sociale exacte.

Le lieu de fabrication est encore autre chose. Il n’est pas systématiquement indiqué, sauf lorsque son omission induirait le consommateur en erreur ; certains fabricants le mentionnent volontairement, parfois sous forme d’un code d’usine. Et l’origine des matières premières relève d’une quatrième information : une tablette assemblée en France contient un cacao qui n’a évidemment pas poussé en Europe.

Quatre questions, quatre réponses différentes

Qui a créé la marque, qui la possède aujourd’hui, où le produit a été fabriqué, d’où viennent ses ingrédients : ces quatre questions ont chacune leur réponse, et aucune ne se déduit des autres. Aucune ne juge non plus la qualité du produit — elles disent seulement qui répond de quoi.

Mondelez est-il une entreprise française ?

Non. C’est un groupe américain dont le siège est à Chicago. Il détient en revanche des marques d’origine française, comme LU ou Belin, et conserve des sites de production en France, ce qui explique la confusion.

Que veut dire le mot Mondelez ?

Rien, dans aucune langue : c’est un mot construit. « Monde » vient du latin mundus et « delez » est une déformation de delicious. La proposition émanait de salariés du groupe et a été retenue en 2012.

LU appartient-il encore à Danone ?

Non. Danone, qui détenait la marque depuis le rachat de Générale Biscuit par BSN en 1987, a cédé son pôle biscuits à Kraft Foods en 2007. La scission de 2012 a ensuite fait passer LU dans le portefeuille de Mondelez International.

Les biscuits sont-ils encore fabriqués en France ?

Une partie, oui. Le groupe conserve une douzaine de sites français, majoritairement industriels : Cestas en Gironde produit notamment les Mikado, Granola, Pepito et Petit Écolier, Besançon et Jussy les gâteaux moelleux.

Comment savoir à quel groupe appartient une marque ?

En lisant le bloc de mentions légales au dos de l’emballage : il indique la raison sociale de l’entreprise responsable de la commercialisation. Si ce nom est celui d’une filiale, les registres publics d’entreprises permettent d’identifier la société qui la détient.

Un paquet de biscuits raconte une histoire industrielle en trois lignes de petits caractères. Encore faut-il savoir qu’elles y sont.