Transport · Train

Train bleu

le train de légende et le restaurant de la Gare de Lyon

Un train de luxe vers la Riviera et un restaurant parisien classé : voici les deux histoires qui se cachent derrière le Train Bleu, et ce qu’on peut encore en voir.

Locomotive ancienne et voitures de voyageurs classiques à quai dans une petite gare en plein air.
Réponse rapide

Le « train bleu » renvoie à deux icônes du voyage. D’abord un train de luxe, le Calais-Méditerranée Express, surnommé Le Train Bleu pour ses voitures bleu nuit, qui conduisait une clientèle fortunée vers la Côte d’Azur à partir de 1922. Ensuite un restaurant Belle Époque, toujours ouvert dans la Gare de Lyon à Paris, qui a pris ce nom en 1963 en hommage au train. Le premier a disparu des rails ; le second se visite encore.

  • Un train de luxe : le Calais-Méditerranée Express, vers la Riviera dès 1922.
  • Un surnom de couleur : ses voitures-lits étaient d’un bleu nuit profond.
  • Un restaurant homonyme : à la Gare de Lyon, classé monument historique.
  • Une légende encore vivante : on part toujours de là vers le Sud.

Un même nom, deux mythes. Quand on parle du Train Bleu, on désigne tantôt le train de nuit le plus chic d’Europe, qui filait vers la Côte d’Azur entre les deux guerres, tantôt le restaurant Belle Époque perché au-dessus des quais de la Gare de Lyon, à Paris. Les deux racontent la même époque, celle d’un voyage vers le Sud devenu objet de luxe.

« Train bleu »

deux légendes du voyage à ne pas confondre

Derrière l’expression se cachent deux réalités distinctes, liées par l’histoire. La première est un train : un express de nuit qui reliait le nord de la France à la Méditerranée, baptisé Le Train Bleu à cause de la couleur de ses voitures. La seconde est un lieu, toujours debout : le restaurant Le Train Bleu, installé dans la Gare de Lyon, qui a pris ce nom en hommage au convoi mythique.

L’un a disparu des rails, l’autre se visite encore. Comprendre le Train Bleu, c’est donc tenir les deux fils en même temps : la ligne de chemin de fer qui a fait rêver toute une époque, et la salle décorée qui en garde la mémoire au cœur de Paris.

Les deux Train BleuDe quoi s’agit-ilOù le retrouver
Le trainExpress de nuit de luxe vers la Côte d’Azur (à partir de 1922), aujourd’hui disparuDans les archives, les romans, la mémoire du rail
Le restaurantSalle Belle Époque ouverte en 1901, renommée Le Train Bleu en 1963Au premier étage de la Gare de Lyon, à Paris

Le Train Bleu, l’express le plus chic vers la Côte d’Azur

Le vrai nom du train était le Calais-Méditerranée Express. Il a effectué son premier voyage le 8 décembre 1922, mis en service par la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, la fameuse PLM. C’est un point souvent confondu : le Train Bleu était une affaire de la PLM, et non de la Compagnie internationale des wagons-lits qui exploitait l’Orient-Express à la même période.

Sa mission tenait en une promesse : conduire une clientèle fortunée vers la Riviera. Partant de Calais, où débarquaient les voyageurs venus d’outre-Manche, il passait par Paris puis descendait vers le Sud, jusqu’aux stations de la Côte d’Azur. Le surnom est venu naturellement, des voyageurs eux-mêmes : « le train bleu », pour ces voitures d’un bleu nuit profond qui glissaient dans la nuit française.

Dans l’imaginaire de l’époque, prendre ce train n’était pas seulement se déplacer. C’était entrer dans un monde, celui des hivernants riches qui fuyaient le froid du Nord pour le soleil de Nice ou de Menton. Le voyage faisait déjà partie des vacances.

À bord

le luxe d’un autre temps

Tout, dans la composition du train, disait le standing. Le convoi alignait des voitures-lits exclusivement de première classe, habillées de velours bleu nuit et de boiseries d’acajou, auxquelles s’ajoutait une voiture-restaurant où l’on servait des repas soignés. Pas de seconde classe, pas de compromis : le Train Bleu s’adressait à une élite et l’assumait.

Cette atmosphère feutrée a forgé une légende. Les passagers les plus célèbres de leur temps y ont voyagé, de Coco Chanel à Charlie Chaplin, en passant par le couple Fitzgerald. La culture s’en est emparée : Agatha Christie situe une intrigue à bord et publie, en 1928, Le Train bleu, l’un de ses romans avec Hercule Poirot. Quelques années plus tôt, en 1924, les Ballets russes avaient créé un spectacle intitulé Le Train bleu, preuve que le convoi était devenu un symbole bien au-delà du rail.

Le service a tenu jusqu’à la fin des années 1930, avant que la guerre puis l’évolution des transports ne referment peu à peu cette parenthèse. Le nom, lui, a survécu, attaché à une certaine idée du voyage élégant.

Prendre ce train n’était pas se déplacer : c’était déjà entrer en vacances.

Le restaurant Le Train Bleu, joyau de la Gare de Lyon

C’est ici que les deux histoires se rejoignent. Au premier étage de la Gare de Lyon, une salle somptueuse perpétue le nom du train. À l’origine, ce n’était pas Le Train Bleu, mais le Buffet de la Gare de Lyon, construit pour l’Exposition universelle de 1900 et inauguré en 1901 par le président Émile Loubet. L’architecte Marius Toudoire l’a conçu comme une vitrine de la France prospère, un avant-goût du voyage vers la Méditerranée offert aux voyageurs de marque.

Le décor en dit long sur l’ambition. Dans un style Belle Époque et néo-baroque, la salle aligne dorures, moulures et surtout une série de fresques — une quarantaine de peintures — qui représentent les paysages traversés par les trains du réseau PLM, de la Bourgogne à la Côte d’Azur. On y mange, mais on y voyage aussi des yeux. Le buffet a pris le nom de Le Train Bleu en 1963, en hommage au train de légende, et l’ensemble a été classé au titre des monuments historiques en 1972, ce qui a permis de préserver ce décor unique.

Visiter le restaurant en pratique

La salle du Train Bleu se découvre le temps d’un repas ou d’une simple boisson au bar, sans billet de train. Pour un voyageur de passage, c’est une façon rare d’entrer dans un monument historique entre deux correspondances. Mieux vaut vérifier les horaires d’ouverture du jour et réserver aux heures de forte affluence.

Sur les traces du Train Bleu aujourd’hui

Le train de luxe a disparu, mais on peut encore en retrouver l’esprit de plusieurs façons. Quelques pistes concrètes, de la plus simple à la plus immersive.

  1. Pousser la porte du restaurant

    À la Gare de Lyon, la salle classée se visite autour d’un repas ou d’un verre, dans un décor resté intact. L’occasion d’admirer les fresques des paysages PLM avant de reprendre son train.

  2. Refaire le trajet vers le Sud

    La Gare de Lyon reste le grand départ vers la Méditerranée. Les TGV y filent vers Marseille, Nice et la Côte d’Azur : même gare, même direction, confort d’une autre époque.

  3. Prolonger par l’héritage culturel

    Le roman d’Agatha Christie, le ballet de 1924, les archives photo de la Riviera des Années folles : autant de portes d’entrée pour comprendre pourquoi le nom résonne encore.

Le confort a changé d’époque, la nuit en voiture-lit a cédé la place à quelques heures de ligne à grande vitesse, mais la destination, elle, n’a pas bougé. On part toujours de la même gare, vers le même soleil. C’est sans doute pour cela que, un siècle plus tard, deux mots suffisent encore à évoquer tout un art de voyager.

Le Train Bleu, c’est un train ou un restaurant ?

Les deux. À l’origine, c’est un train de luxe, le Calais-Méditerranée Express, surnommé Le Train Bleu. C’est aussi le nom d’un restaurant Belle Époque de la Gare de Lyon à Paris, qui a adopté ce nom en 1963 en hommage au train.

Où allait le train Le Train Bleu ?

Il reliait Calais, où arrivaient les voyageurs venus d’Angleterre, à la Côte d’Azur, en passant par Paris. Sa destination était la Riviera et ses stations comme Nice et Menton.

Pourquoi l’appelait-on le train bleu ?

À cause de la couleur de ses voitures-lits, d’un bleu nuit profond. Le surnom est venu des voyageurs eux-mêmes, avant de remplacer presque totalement son nom officiel de Calais-Méditerranée Express.

Le restaurant de la Gare de Lyon existe-t-il toujours ?

Oui. Installé au premier étage de la Gare de Lyon, le restaurant Le Train Bleu est toujours en activité. Sa salle, classée monument historique depuis 1972, se visite le temps d’un repas ou d’un verre au bar.

Peut-on encore prendre le Train Bleu aujourd’hui ?

Pas le train d’origine, qui ne circule plus. Mais on part toujours de la Gare de Lyon vers la Côte d’Azur : les TGV desservent Marseille, Nice et la Riviera, sur la même direction que l’ancien express.